EXOTICA : Poétique d'une place à (re)trouver

Une résidence de territoire

Projet d'intervention et d'expérimentation à caractère artistique, culturel, politique et social

 

                                                      [ Exotica : catalogues d’objets précieux, animaux exotiques, objets

                                                       ethnographiques, butins de guerre ou biens du grand commerce,

                                                       qui occupent une place importante dans les cabinets de curiosité

                                                       aux xvie et xviie siècles ]

 

La place est un territoire de visibilité, un espace de présentation et de représentations, un espace à dimension culturelle et artistique, empreint de règles (ordre dans le désordre), obéissant à des conventions (chacun à sa place dans la place) et répondant à des valeurs, le plus souvent implicites.

 

Le projet se base sur cette référence symbolique de la place en tant que territoire - pour explorer le concept de l'exotisme tel qu'il se met en œuvre sur notre territoire d'action, un quartier de la ville, une commune, et sa composition socioculturelle hétéroclite : l'exotisme en tant que discours sur les Autres et, au fond, en tant que discours sur soi.

 

Le thème de l'exotisme en tant que fait social est pour nous une « porte d'entrée », une hypothèse de travail destinée à aborder la question du vivre ensemble, complexe sur notre territoire d'action.

 

"L’exotisme [écrit le sociologue Tzvetan Todorov] est un mode de relation à l’autre dont le postulat est que l’autre est essentiellement différent de soi. A cet égard d'ailleurs, exotisme et racisme procèdent de logiques similaires.

Au contraire du racisme, l’exotisme attribue toutefois à la différence une valeur positive : il établit une comparaison entre Nous et les Autres au sein de laquelle les seconds sont jugés meilleurs que les premiers en raison même de leur différence. En ce sens, l’exotisme valorise non un contenu stable, mais un pays ou une culture définis exclusivement par le rapport que l’observateur entretient avec eux.

Notons que l’observation de cette différence ne résulte pas d’une démarche analytique mais empirique : l’exotisme valorise ce qui est étranger, étrange ou inconnu et, partant, suppose que l’autre ne soit pas connu intimement sous peine que s’estompe son pouvoir d’attraction. L’exotisme est, dans une large mesure, une attitude paradoxale ; il est un éloge de l’autre, mais un « éloge dans la méconnaissance ». Dès lors, il s’agit moins d’une valorisation de l’autre que d’une critique de soi, moins de la description du réel que de la formulation d’un idéal.

 

Et derrière la question de l'exotisme et de cette analyse, c'est effectivement la distance que l'on met avec l'autre, en lui collant dessus une étiquette d'exotisme, dont il est question. L'exotisme en tant que stratégie aussi pour mettre l'autre à distance, en le mettant dans un groupe, une communauté, et en nous mettant nous aussi à l'abri dans une identité groupale. Ceci tient donc à un mouvement de repli sur nos identités.

 

 

 

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