Projet d'expérimentation culturelle, sociale sur un territoire

MON CORPS CE TERRITOIRE

Création et médiation interculturelle avec des jeunes adolescent.es de Haute-Garonne et du Tarn

avec

Équipe de Haute-Garonne

Nolwenn Le Tallec (travail de théâtre, mise en scène)

Antoine Isnard-Dupuy (travail sur le corps, danse, acrobatie)

Médiation/accompagnement : Laetitia Thiebaux (professeure de lettres), Alexia Salgues (Enseignante Ulis), Caroline Balliana (professeur EPS)

Équipe du Tarn

Mathilde Bardou et Loïc Calmejane (travail de théâtre, mise en scène)

Absynthe Takis (travail sur l'image, photographie)

Médiation /accompagnement : Camille Sabathier (musicienne), Mika Lopez (plasticienne), Coralie Goben et Marie Eyles (Programme de Réussite Éducative)

Coordination générale

Meriem Mauget

Genèse du projet : une rencontre, un récit...

 

Je suis professeure en collège depuis 2009, année où j'ai obtenu mon concours et où j'ai commencé à enseigner face à des classes de collégien-ne-s.

En tant qu'enseignante, mais aussi en tant que personne, les questions d'égalité et de genre m'interpellent particulièrement. La question du « respect » et de « l'autorité » des élèves revient souvent dans la bouche de mes interlocuteurs, me demandant si ce n'est « pas trop dur » face à certains garçons et, moi-même, je me suis souvent demandé si mon apparence et ma féminité ne constituaient pas un obstacle à la réalisation de mon travail : je me suis sentie quelques fois disqualifiée lorsque je haussais la voix face à une classe car je ne passais pas pour sévère ou intimidante mais pour, au mieux autoritaire, au pire hystérique.

 

J'hésitais à mettre des jupes ou des pantalons trop serrés (je reçus d'ailleurs une main aux fesses), je m'imposais des talons hauts pour me grandir et me vieillir. J'ai appris à baisser la tessiture de ma voix pour qu'elle paraisse moins douce, à la rendre plus grave lorsque je veux « gronder ». Face à certains élèves – filles ou garçons - j'ai parfois l'impression de devoir entrer dans un rôle « viril » pour être reconnue.

Observant mes classes, je constate que les garçons monopolisent très souvent la parole : soit ils interviennent spontanément, pendant que les filles et quelques garçons attendent la main levée, soit ils coupent la parole à leurs camarades ( presque toujours aux filles), ils se tortillent sur leur chaise si je ne les interroge pas vite ou se plaignent d'attendre la parole. Moi-même je favorise plus leur parole et doit m'imposer certaines règles pour tenter de rétablir une parité.

 

Physiquement, les filles occupent moins d'espace ( leur voisin « déborde » sur leur espace, étalent leur livres, leurs bras...), elles se meuvent avec plus de retenue, hésitent et doutent davantage (je le constate notamment lorsque nous pratiquons le théâtre en classe mais c'est aussi valable en évaluation).

Je fais de plus en plus remarquer ces « habitus » aux élèves, les plus jeunes (et les filles...) semblent réceptifs et curieux, mais je me suis aussi trouvée remise en question par des garçons jugeant que j'étais partiale et que je favorisais les filles « juste parce que j'en étais une », traitant mes propos de « sexisme ».

 

Par ailleurs, certains garçons qui ne suivent pas certains critères « virils » me paraissent mis à la marge, disqualifiés. Ces observations (et bien d'autres), m'ont conduite à réfléchir à la notion de « virilité », de genre, de « norme » et à en faire un travail central lors des heures de vie de classe mais aussi à l'introduire dans mes cours de français ( plus d'autrices, plus d’héroïnes, plus de questionnements littéraires sur les stéréotypes de « genre », écriture plus inclusive, réflexions en classe sur les règles d'accord, sur la construction d'une langue..).

 

Ces questionnements me paraissent essentiels pour la formation de l'individu et sa construction personnelle : comprendre ce qui nous façonne, ce qui nous a façonné nous permet de mieux se connaître afin de faire des choix plus éclairés. Les élèves adolescents que j'accueille dans ma classe sont dans un période sensible de leur vie, ils subissent des normes et des impératifs de toute part à un âge de construction : travailler sur le genre, sur le regard... est, je pense, particulièrement riche et approprié à leur situation.

​J'ai tenté de donner quelques raisons au fait que le projet porté par « LAM » soit, pour moi, d'un intérêt indéniable, tant sur un plan personnel que professionnel.

Anonyme, professeure en collège

Mon corps est mon premier territoire, territoire intime pris lui même dans un territoire familial, culturel et social

 

Comment mon corps cohabite dans des espaces différents ? Selon si je suis né.e et que j'ai grandi en territoire rural, en territoire urbain : au centre ville ou dans un quartier périphérique ?

 

Quels sont les codes sociaux de ces espaces que j'assume de manière consciente ou non ?

 

Les territoires se mettent en scène, ou sont mis en scène par d'autres?

Mon corps n'y échappe pas.

Mon corps se met en scène, existe pour le regard et aux regard des autres de manière différente.

 

Mon corps me précède. Il dit des choses de moi, de ce que je suis, de ce que je mange, de mon rythme de vie, de mes activités, avant même que je n'ouvre la bouche, mon corps parle pour moi.

 

Comment se construit notre image du corps, dans cette société où les regards sont souvent portés sur les écrans ? Quelle image fabriquons nous de nous même, quelle re-présentation dans nos selfies? Comment nous mettons nous en scène dans ces photos de nous mêmes que nous envoyons ensuite dans nos réseaux sociaux, facebook, instagram, snapchat…

 

Est ce que cette image que je donne à voir aux autres est la même pour mes parents, ma famille, mes amis, à l’école, dans mon quartier ? Comment sommes nous pris et nous prenons nous dans le jeu de l’image ?

 

Comment je séduis/ je suis séduite par l’image de l’autre ?

Comment je fais de mon corps un objet exotique? Autre désirable ?

 

Autant de questions que nous souhaitons explorer avec ces groupes d'adolescentes et adolescents, à travers un cheminement qui mène à la création d'un spectacle.

Axes de travail et enjeux artistiques, sociétaux

Axes de travail : Image du corps/Image de soi/Image de l'Autre / rapport entre corps et territoire en lien avec la relation filles-garçons

 

Enjeux artistiques

I - Création d'un dispositif artistique léger, itinérant, allant à la rencontre de jeunes adolescent.es sur un ou plusieurs territoires. Dispositif qui permette à la fois de :

* Faire vivre une réelle expérience artistique,

* collecter de la matière sonore, écrite, corporelle pour nourrir le spectacle en création

* Faire émerger la parole

 

II - Création d'un spectacle scénique, en duo et en chœur mêlant des artistes professionnels et des jeunes collégiens/lycéens qui vont être intégrés au spectacle. Nous souhaitons que ce spectacle puisse être joué devant le maximum de collégiens/lycéens

 

 

Enjeux sociétaux

 

Agir pour l'égalité entre filles et garçons dès le plus jeune âge, et notamment à l'âge de l'adolescence, un âge de transformation, de transition.

A cet âge où les collégien.nes sortent de ce corps de «jeune fille, jeune garçon», où elles .ils se construisent comme femme, homme, avec ce regard des autres porté sur leur corps, il nous semble important d'agir en engageant le dialogue avec eux, en abordant ces problématiques, en les et nous faisant réfléchir, en symbolisant ensemble via la création artistique

Ce projet  a été initié par Les Ateliers du Monde en 2018/2019 avec le soutien du Ministère de la Culture - DRAC Occitanie et l'Etat-CGET en Haute-Garonne.

Les photographies illustrant le projet sont de Absynthe Takis et ont été réalisées dans le cadre du projet de Graulhet (août 2020)

 

Il est mené sur Cazères (31) en partenariat avec le collège du Plantaurel, et à Graulhet (81) en partenariat avec le PRE (Programme de Réussite Éducative) et avec les financements de :

 

Ministère de la Culture -  DRAC Occitanie

 

Etat- Préfecture de région : Direction régionale aux droits des femmes et à l'égalité

Programme de Réussite Educative - Graulhet

Région Occitanie

Département du Tarn

Fondation Crédit Mutuel

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